Le problème Firefox
Voilà plusieurs mois que je ne pouvais m’empêcher de pester contre Firefox.
Non contre Firefox en général, mais contre la seule version qui me concerne, celle pour GNU/Linux.
En effet, bien que Mozilla se présente comme le fer de lance du logiciel libre pour le grand-public, il semble en avoir oublié sa base d’utilisateurs la plus libriste, en leur proposant une version complètement moisie de son navigateur.
La période des crashs brutaux de la version 3.0 étant bien heureusement derrière nous, la 3.5 continue néanmoins à nous offrir une “expérience utilisateur” des plus indignes, avec une navigation mollassonne au possible, une lenteur inouïe.
(sur une machine pas si vieille que ça, un Pentium M à 2.13Ghz, il y a bien pire)
Je ne parle pas de performances synthétiques, mais simplement de la navigation au quotidien avec plusieurs onglets, ça rame.
(sur toutes les distributions que j’ai pu essayer)
Étrangement (et c’est l’objet de ma colère), lorsque je teste ce même Firefox sur la même machine, mais dans sa version Windows sous Windows 7 (et même sous OS X), tout est beaucoup plus rapide, fluide, bref agréable et digne d’un logiciel de 2009.
Avec de la mauvaise foi, on pourrait en déduire que Windows permet de mieux exploiter la puissance de la machine, et que les utilisateurs Linux ne font que subir son hypothétique retard en la matière.
Mais c’est faux :
- Opera propose depuis longtemps son browser sous Linux, avec la même réactivité que sa version Windows.
- D’autres navigateurs libres, comme Konqueror, sont très réactifs.
- La plus drôle de toutes les démonstrations : Firefox Windows tournant sous Linux via Wine est plus rapide que Firefox Linux tournant nativement.
La conclusion est simple : Firefox est bâclé sous Linux.
La réponse habituelle à ce genre de critique est : “Si ça ne te va pas, c’est du libre, tu n’as qu’à proposer un patch.”
OK, sauf que d’une part, je n’en ai pas les compétences (ce qui ne m’ôte pas le droit de critiquer), mais aussi que l’on n’a pas non plus affaire à un simple projet communautaire : il y a une organisation derrière, un gros partenariat avec Google, de la médiatisation et des $$$.
Et surtout que le problème n’est pas là : si, depuis le temps que le problème est présent dans le logiciel, les équipes de Mozilla n’y ont pas remédié, c’est que, de deux choses l’une :
- soit la solution au problème est complexe, ou impossible en l’état actuel de la conception du logiciel.
- soit que la priorité n’est pas là, et que le plus important pour Mozilla est de conquérir des parts de marché sur le bureau Windows.
À mon avis, il s’agit plutôt de la seconde hypothèse, bien que si le problème pouvait se régler en 2 lignes de code, je ne doute pas qu’ils l’auraient déjà fait.
L’absence complète de communication de la part de Mozilla sur le sujet, alors que d’ordinaire ils communiquent à tout va, va également dans le sens d’un manque total d’intérêt pour la question.
Cela pose quand même un gros problème de crédibilité : Mozilla, qui se proclame grand défenseur du libre et se vante de mettre en place sur le bureau Windows plus de logiciel libre que n’importe qui, méprise complètement les utilisateurs d’OS libres, ceux qui seraient pourtant a priori les dernières personnes à négliger en la matière.
Certes, ce ne sont pas les utilisateurs Linux qui vont apporter de la part de marché à Firefox (d’ailleurs, depuis quand la part de marché est-elle une priorité ou un critère qualitatif en matière de logiciel libre ? depuis Firefox en fait), mais ils peuvent participer à sa crédibilité et son assise sur le “socle de respectabilité” qu’est le logiciel libre.
Bref (car j’ai été beaucoup plus long que je ne le désirais sur le sujet), c’est bien dommage mais Firefox me gonflait très fortement.
De l’euphorie à la dépendance

Si jusqu’à présent je continuais à utiliser Firefox, c’est que comme beaucoup de personnes, j’ai commencé à l’utiliser sous Windows avec la version 1.0, après avoir alterné entre le navigateur Mozilla et Internet Explorer.
À l’époque, la révolution que représentait ce browser l’a rendu très attractif, une idéologie d’ouverture et d’alternative se mêlant aux qualités techniques indéniables du logiciel.
Peu à peu, des extensions sont venues garnir le navigateur, et les gens, tout en découvrant de nouvelles possibilités, se sont peu à peu formatés à l’ergonomie de Firefox.
En 2007, ma migration de Windows à GNU/Linux s’est faite d’autant plus facilement que Firefox était disponible sous Linux, un Firefox rigoureusement identique sur le plan de l’ergonomie et des possibilités d’extensions, si bien que j’ai continué à l’utiliser.
Mais peu à peu, en essayant d’autres navigateurs par curiosité, on se rend compte que si l’on veut migrer vers un autre browser, les mêmes difficultés se posent à nous que lors d’un changement d’OS : il faut réapprendre une nouvelle prise en main, différentes façons de faire les choses, se limiter sur certains points tout en apprenant à profiter de nouvelles possibilités.
Et c’est là que l’aspect “dépendance” apparaît : de la même manière que beaucoup de gens sont dépendants de Windows, que ce soit pour la façon d’utiliser l’OS ou pour la possibilité d’utiliser des logiciels particuliers, Firefox engendre une dépendance, de par son ergonomie et la richesse (accumulée au cours des années) de ses extensions.
Personnellement, je considérais impossible d’utiliser un browser ne me proposant pas au moins la possibilité de fermer un onglet par clic milieu, de bloquer Flash, la synchronisation des signets entre différentes machines et qui ne soit pas libre.
Mine de rien, jusqu’à il y a peu, il était impossible de trouver le moindre browser autre que Firefox m’offrant ces possibilités.
C’est de la face libre du projet Chrome de Google que vint la solution.
Chromium : un navigateur qu’il est bien pour l’utiliser

Je vais faire court, tout le monde connaît Google Chrome, et bien Chromium c’est Chrome mais en libre (licence majoritairement MIT, donc ~BSD).
Google développe son browser comme un logiciel libre, au sein du projet Chromium, et en dérive Chrome, qui est par contre un browser propriétaire (identique à 99% – même si on ne peut forcément pas le vérifier) disponible uniquement sous forme de binaires.
Si pour Linux le développement a été longuet (ça ne compilait pas jusqu’à il y a peu), les choses se sont accélérées très brutalement il y a quelques mois (l’effet Chrome OS ?
), et désormais Chromium est totalement fonctionnel sous nos beaux OS libres.
Preuve de maturité, Chromium (après un très bref passage dans Testing) est disponible dans le dépôt Extra de Arch Linux depuis une semaine
Qu’a-t-on actuellement :
- Un browser rapide : WAW. Habitué de Firefox, c’en est réellement impressionnant, tout est fluide et efficace.
- WebKit, un rendu nickel et très compatible. (aucun problème à déplorer jusqu’ici)
- Des fonctions modernes telles que la navigation privée (au sein d’une fenêtre et sans avoir a redémarrer le browser comme sous Firefox)
- Une segmentation très efficace : un processus par onglet, si l’onglet plante le reste continue à tourner.
- La possibilité d’installer des extensions. (et sans redémarrer le browser, s’il vous plaît.)
Et c’est cette dernière possibilité, récemment apparue, couplée avec la disponibilité (il y a 2-3 semaines) de Xmarks pour Chrome/Chromium (la fameuse extension me permettant de synchroniser mes bookmarks) qui m’a réellement permis de remplacer totalement Firefox.
(FlashBlock est également disponible)
Depuis, j’ai littéralement redécouvert la navigation web sur mon modeste PC.
Certes, il a fallu se réhabituer à une ergonomie nouvelle, mais la contrepartie en réactivité le vaut bien.
Logiciel beta oblige, il reste encore quelques points à améliorer, entre autres : la gestion des certificats, les applets Java (ne fonctionnent pas), la barre d’adresse moins élaborée que celle de FF, et 2-3 autres trucs non bloquants pour mon usage.
Niveau stabilité, c’est tout simplement parfait.
Aujourd’hui, Chromium est mon browser au quotidien, je l’utilise 10h/jour avec une réelle satisfaction.
Je remercie chaleureusement les gens de chez Google (chose rare et à remarquer) en charge de ce browser, c’est vraiment du beau boulot.
Concernant ceux de chez Mozilla, mon attaque n’est ni personnelle ni gratuite (et ne remet pas en cause ce qu’ils ont pu accomplir), la balle est dans leur camp afin qu’ils puissent montrer qu’ils ne négligent pas les utilisateurs Linux, à eux de me faire mentir.